
Luc-Olivier LAFEUILLE - Blog sur le Marketing et la Communication - L'Agence Asity - Blog de Photos - Kleen'up - Poubelle Cendrier de Poche - Merchandising
Profession : Directeur de Conception
publié Le 05 Janvier 2011

© Orlando Florin Rosu - Fotolia.com
Article initialement publié sur le site de Genaro Bardy : [Naro] Minded
Réponse de normand ? Et bien non, car ce dont l’entrepreneur a besoin pour entreprendre, celui-ci d’entrepreneur, par un autre, ce n’est absolument pas prévisible, encore moins “formatable”. C’est un problème strictement personnel et c’est intimement en relation entre lui et la nature de son projet. Et RIEN NI PERSONNE ne peut vraiment l’aider, si ce n’est de marcher sur des œufs et d’éviter de l’envoyer sur des pistes toutes prêtes qui l’égareront plus qu’elles ne l’aideront.
Pour comprendre ça, il est essentiel de revenir sur quelques fondamentaux du fonctionnement de l’humain, car de manière récurrente, l’humain fait montre d’une extraordinaire capacité à chasser ses anciens mythes pour les remplacer par d’autres. Avec celui de “La Bonne Idée”, le mythe des “Qualités Requises” a lui aussi la vie dure.
Confronté à l’inconnu, nous pouvons adopter (pour simplifier) 2 postures : s'interroger ou choisir.
Ceux qui opteront — volontairement ou non — pour la première posture risquent rapidement l’apoplexie cérébrale si par malheur ils n’arrivent pas à sortir du questionnement à un moment ou à un autre.
Les autres, ceux qui choisissent, comment font-ils ?
Probablement, le plus souvent le font-ils en décidant que ce choix est meilleur que les autres qui s’offrent à eux, selon leurs critères du moment.
Et là, viens immédiatement la question : cette voie est-elle la bonne ? Et à cette question, il faudrait répondre : Cette question n’a pas de sens car le problème est totalement ailleurs.
En faisant un choix on s’engage dans un processus d’actions et qu’importe qu’il soit bon ou mauvais puisque ce qui est essentiel, c’est de pouvoir finalement répondre à ses propres questions.
Imaginez une seconde un type devant 3 chemins possiblement possibles pour se rendre là où il a envie d’aller et le type de rester coincé des années devant ces 3 chemins sans être foutu de les essayer jusqu’à trouver le bon (si jamais il existe !). Vous conviendrez aisément que c’est stupide.
Certains, soucieux d’aider ces pauvres types coincés là-bas au fond de leurs dédales de chemins, leur apportent une réponse fourre-tout qui n’est rien d’autre qu’un nouveau mythe : LA PEUR.
Et ceux-ci d’exposer toutes les manières de vaincre sa peur dont la plupart des méthodes relèvent, au pire, de la Programmation Neuro Linguistique (PNL), de la méthode Coué ou de la Prière et, au moins pire, de la liste des 99 livres à lire ou des 450 points à observer.
Deuxième nouveau mythe : on pourrait s’affranchir de la peur en se suggérant qu’il ne faut pas qu’on ait peur. Troisième mythe : il serait possible de ne plus avoir peur en augmentant sa confiance en soi. Quatrième mythe : on pourrait renforcer sa confiance en soi par l’adoption de postures pré-définies pour telle ou telle circonstance, ou en augmentant ses connaissances, ses compétences, son savoir...
Le seul souci, c’est que même si ces mythes aident un peu ceux qui sont confrontés à la peur, la vérité dans l’affaire c’est que ça ne repose sur rien. La peur n’est pas une chose en soi. La peur n’est qu’une émotion qui résulte d’une situation à la conformation particulière : LE DOUTE.
L’énorme supercherie mythique de l’humain moderne, c’est d’avoir tenté de faire passer l’idée que le doute est aussi une émotion. Non, le doute n’est rien autre qu’un état dans lequel on ne parvient pas à prendre de décision car on ne procède pas correctement pour poser les choix ou, en d’autres termes, on échoue à poser ses choix.
Notre type coincé devant ses 3 chemins formule certainement ses choix de la manière suivante : je dois prendre l’un de ces 3 chemins, lequel est-il le bon ? Alors que la bonne formulation serait : je dois aller là où j’ai décidé de me rendre. Peut-être qu’un des chemins y mène (ou les 3 !). Comme je n’en sais rien, j’ai 2 choix : soit je les essaye tous, soit je rebrousse chemin.
En dessous de l’incapacité à poser correctement ses choix se cache un autre mécanisme récurrent chez l’humain, pire encore que celui des mythes, celui des idoles.
Combien d’entre-nous n’ont-ils pas été tentés à un moment ou à un autre de se laisser prendre par l’admiration d’untel ou d’unetelle qui a “réussi” ? Combien d’entre-nous aussi ne se sont-ils pas laissés emporter par l’envie de “prouver” à untel ou unetelle qu’on valait quelque chose ?
Et voilà que les idoles s’imposent à nous, d’un côté celles que nous prenons en exemple et de l’autre celles que nous voulons être et “imposer” aux autres.
Et avec ces idoles survient “L’OBLIGATION” de réussite, et avec elles apparait “L’ULTIME OBLIGATION DE RÉUSSIR MAINTENANT”. Le chalenge est tellement important que nous en arrivons même à nous adresser à nous-même mentalement, à jouer des scènes de dialogue avec nos idoles, à comparer ou essayer d’imaginer comment elles auraient fait ou comment les autres auraient voulu que l’on fasse.
Souvenez-vous d’une chose essentielle qui se dit pourtant beaucoup mais dont on ne prend que rarement la mesure de la portée : il n’y a pas de problème sans solution et, lorsqu’un problème reste sans solution, c’est qu’il est mal formulé.
Et voilà que nous revenons sur la problématique du doute et de la nécessité d’une bonne formulation des choix ET SURTOUT de la NÉCESSITÉ D’INDÉPENDANCE pour formuler des choix STRICTEMENT EN RAPPORT AVEC NOS OBJECTIFS (À NOUS).
Pourquoi notre type reste coincé là-bas à sa croisée de chemins ? Il a peur. Il a peur car il doute. Il doute car il ne formule pas ses choix correctement. Il ne formule pas ses choix correctement car il est dans un chalenge autre que celui d’atteindre son objectif — là où il veut aller. Il a en réalité l’objectif de prouver à Papa qu’il n’est pas un bon à rien, ou celui d’être comme Francis qui roule dans une belle voiture que son entreprise de Ferraille lui met a disposition. Et surtout, surtout, il se repasse la phrase de Papa : “si tu veux réussir, il faut que tu sois courageux”. Et surtout, il se repasse la phrase de Francis : “si tu veux réussir, il faut que tu sois intelligent”. Et il se repasse la phrase de son prof d’éco : “Germain, vous êtes stupide. Utilisez votre cervelle !”. Et celle de sa dernière petite amie aussi : “Il faut que tu t’affirmes”. Et celle du dernière livre “La réussite est en vous” qui lui a affirmé : “Votre réussite repose sur votre capacité à innover, créer et être inventif ... lâchez-vous, faites vous confiance, répétez-vous sans cesse, je suis mon meilleur ami, je suis mon meilleur ami, je suis mon meilleur ami, je suis mon meilleur ami...”.
Non, définitivement non, aucune qualité particulière. Aucun don non-plus, d’autant plus que ça n’existe pas. Pas plus que de connaitre par cœur les 99 livres pour passer son Master of Business sur internet.
La seule chose qui soit nécessaire à quelqu’un qui veut entreprendre, c’est de se séparer de ses fantômes qui le hantent, se séparer de ses idoles, se séparer du besoin de vouloir prouver quelque chose à quiconque, y compris à lui-même.
Le seule chose qui compte, à lui qui se trouve devant ces 3 chemins, c’est qu’il les essaye. Pas qu’il écoute ceux qui disent que le chemin rouge n’est pas bien parce que le rouge n’est pas la couleur de la réussite. Pas qu’il s’écoute en se disant que le vert, il n’aime pas. Pas qu’il se dise que le bleu c’est bien parce Francis aime le bleu.
La seule chose qui soit nécessaire c’est qu’il se mette en capacité de poser correctement ses choix, en tout indépendance. Parce que ça, il va en avoir besoin tous les jours, plusieurs fois par jour et c’est avec ça qu’il va suivre son chemin, à lui, qui va l’emmener vers sa réussite, pas celles que d’autres lui auraient formatées.
Certains pourraient se dire que ce qu’on entend par qualité fait référence à tout autre chose que ce qui est évoqué ici. Mais alors à quoi ?
Le Comptable est convaincu que les choix qu’il vous suggère sont les bons. Bons pour qui ?
Le Marketeur, lui, connait la seule chose que vous devriez faire pour lancer votre produit. La seule pour qui ?
Le Conseiller en création d’entreprise, lui aussi, après analyse experte, connait la bonne solution. Bonne pour qui ?
Pour qui, pour qui, pour qui ? Existerait-il une seule vérité ? Si c’était vrai, ça se saurait, et tout ceux qui montent des boites sur les conseils d’experts réussiraient !
Et plus loin encore : EXISTE-T-IL UNE SEULE MANIÈRE DE FAIRE QUELQUE CHOSE ?
Souvenez-vous de notre type ! Peut-être que les 3 chemins mènent là où il compte se rendre.
Ceux qui expliquent à qui veut les entendre que l’entrepreneur devrait avoir telle ou telle qualité, ont-ils jamais discuté avec 100 entrepreneurs ? Ils sont tous différents. Certains se foutent comme de leur premier biberon de la Compta, tandis que d’autres en font leur GPS permanent. Certains sont imbuvables en terme de rapports humains tandis que d’autres versent dans le social. Certains gèrent tout au nez tandis que d’autres se répandent en plannings et autres tableaux de bord.
Alors, tout ce qu’on entend sur les qualités des dirigeants n’est que baliverne ?
Non, chacune de ces choses est le plus souvent exacte, mais reste strictement théorique car en leur absence des tas de gens entreprennent et réussissent.
Est-ce que les autres réussissent mieux, ceux qui auraient ces qualités ? Peut-être ! Mais pour vous en assurer faites une expérience. Prenez un traité de marketing, lisez-le et vous verrez à quel point la seule chose qui vous reste à faire une fois que vous l’aurez lu, c’est de faire des choix parmi tous les choix que vous a suggérés l’ouvrage.
Il est un facteur essentiel dans le fait d’entreprendre, c’est vous et votre entreprise, c’est ce que vous pouvez et avez envie de faire avec votre entreprise, votre projet.
Et ça, c’est le premier des choix qu’il faut poser.